Tibet: le dalaï-lama défie la Chine dans la guerre pour sa succession Publié le 27/11/2007 à 21:48:00 GMT
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AMRITSAR - Le dalaï-lama a fait mardi un pas de plus dans la guerre pour sa succession, qui l'oppose à la Chine, affirmant que s'il devait mourir en exil, le prochain chef spirituel des bouddhistes tibétains serait choisi en dehors du Tibet.
"Si ma mort survient alors que nous sommes toujours des réfugiés, eh bien, logiquement, ma réincarnation se fera en dehors du Tibet", a déclaré le dalaï lama à trois journalistes en marge d'une conférence mondiale inter-religieuse à Amritsar, dans le nord de l'Inde.
Ces déclarations interviennent après que l'hommage rendu au dalaï-lama, sans précédent aux Etats-Unis. George W. Bush avait salué en lui un "symbole universel de paix et de tolérance". Faisant fi des avertissements de la Chine, la chancelière allemande Angela Merkel avait aussi reçu en septembre, à titre privé, la bête noire de Pékin qui le considère comme un dangereux indépendantiste.
Le dalaï-lama, 72 ans, a fui le Tibet en 1959 après l'échec d'un soulèvement antichinois et vit depuis en exil à Dharamsala, une ville indienne au pied de l'Himalaya.
Des milliers de Tibétains s'inquiètent pour sa succession.
"Il existe des cas où une personne est choisie avant la mort" de son prédécesseur, a-t-il assuré, ajoutant, en plaisantant: "La course à ma succession n'a pas encore commencé" et "D'après mes examens médicaux, j'en ai encore pour quelques décennies."
La succession pourrait ressembler à "l'élection du pape" mais se tiendrait hors du Tibet, si le dalaï lama décédait en exil, a-t-il insisté. Il a aussi évoqué un "possible" référendum des "centaines de milliers de Tibétains" vivant en Chine ou en exil, qui "devra se dérouler au moment des préparatifs pour (ma) mort".
Mais "la Chine nommera bien entendu quelqu'un d'autre", a reconnu le dignitaire religieux.
Pékin a d'ailleurs immédiatement réagi, l'accusant une nouvelle fois de trahir la tradition du bouddhisme tibétain.
"La réincarnation d'un bouddha vivant est la seule voie de succession du bouddhisme tibétain et suit des rituels religieux relativement détaillés et des conventions historiques", a fulminé le ministère des Affaires étrangères.
"Les commentaires du dalaï lama violent évidemment les rituels et conventions historiques", accuse un communiqué, reprenant mot pour mot la réaction de la semaine dernière.
Car mercredi dernier, le dalaï lama s'était déclaré prêt à empêcher la Chine de s'ingérer dans les affaires religieuses tibétaines.
"Si le peuple tibétain veut conserver le système du dalaï lama, l'une des possibilités que j'ai envisagées avec mes assistants est de choisir le prochain dalaï lama pendant que je suis encore en vie", avait-il dit au journal japonais Sankei Shimbun.
La Chine, qui a pris le contrôle du Tibet à partir de 1950 --avant d'y mener une sanglante répression-- vient d'imposer que toute décision portant sur la réincarnation d'un bouddha vivant tibétain soit précédée d'une autorisation du gouvernement communiste
En 1995, Pékin avait interpellé un garçon de six ans choisi par le dalaï lama comme futur Panchen Lama, deuxième dans la hiérarchie bouddhiste tibétaine. La Chine avait ensuite désigné son candidat qui lui avait fait allégeance.
Le dalaï lama a pourtant abandonné ses revendications passées d'indépendance, se bornant à réclamer "une large autonomie" pour sauvegarder la langue, la culture et l'environnement du Tibet. La Chine a repoussé ces demandes.
"Je veux être très clair: nous ne cherchons ni la séparation, ni l'indépendance", a-t-il répété. "Nous avons besoin d'argent, de modernisation. Et nous profitons beaucoup de la République populaire de Chine", a-t-il reconnu, tout en l'accusant de nouveau d'"agression démographique" conduisant à "une sorte de génocide culturel".
Source: AFP
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