
Le président zimbabwéen a été déclaré grand vainqueur dimanche d'un simulacre de présidentielle où il était seul en lice et investi pour un nouveau mandat de cinq ans, plaçant l'Union africaine au pied du mur. "Je déclare le dénommé Mugabe, Robert Gabriel, élu président de la République du Zimbabwe", a dit le responsable du scrutin à la Commission électorale du Zimbabwe, Lovemore Sekeramyi.Au second tour de l'élection présidentielle, a-t-il précisé, M. Mugabe a obtenu 2.150.269 voix, soit 90,2% des suffrages exprimés, contre 233.000 au chef de l'opposition Morgan Tsvangirai. Ce dernier s'était retiré de la course et avait appelé à boycotter le scrutin mais son nom figurait sur les bulletins lors du scrutin de vendredi.Moins de la moitié des 5,9 millions d'électeurs inscrits aux registres ont voté, avec une participation officielle de 42,37%.Le plus vieux chef d'Etat d'Afrique, 84 ans dont 28 au pouvoir, a été investi dans la foulée lors d'une cérémonie organisée selon les rites de l'ex-puissance coloniale britannique, avec coups de canons et fanfare pour l'accueillir."Je servirai ce pays au poste de président avec soin et sincérité, que Dieu me prête assistance", a déclaré M. Mugabe en prêtant serment.Le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) de M. Tsvangirai a immédiatement rejeté les résultats. "C'est une farce complète et un acte de désespoir de la part du régime", a déclaré à l'AFP son porte-parole Nelson ChamisaC'est donc en tant que président intronisé que Robert Mugabe se rendra au sommet de l' (UA) à Charm el-Cheikh (Egypte), où des discussions ont commencé dès samedi sur l'attitude à adopter vis-à-vis de l'ancien héros de la lutte contre la suprématie blanche.L'opposition avait appelé vendredi la communauté internationale à déclarer l'issue du scrutin illégitime. Le G8 a annoncé qu'il le ferait mais le Conseil de sécurité de l'ONU a échoué à s'entendre sur ce point, tandis que l'Afrique ne s'est pas prononcée.Le régime avait déchaîné les violences contre les partisans de l'opposition, ou supposés tels, après sa déroute aux élections générales du 29 mars, lors desquelles il avait perdu sa mainmise sur le Parlement.M. Tsvangirai, qui avait raté de peu la majorité absolue au premier tour de la présidentielle, s'est retiré il y a une semaine de la course à la présidence, cédant face à "une orgie de violences". Selon lui, 200.000 personnes ont été déplacées, 10.000 blessées et 90 membres du parti d'opposition tués depuis le premier tour.La mission d'observateurs du Parlement panafricain (PAP) a dénoncé dimanche un scrutin "ni libre ni équitable", appelant à de nouvelles élections."La campagne électorale a été marquée par un degré élevé d'intimidations et de violences", a déclaré le chef de la mission du PAP, Marwick Khumalo. "Il est difficile de nier les allégations de violences orchestrées par l'Etat".Aucun observateur occidental n'a été accrédité pour le scrutin. Des équipes de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC, 14 pays) et de l'UA étaient toutefois présentes.Si le PAP avait déjà dénoncé les violences dans l'entre-deux tours, l'UA est restée très prudente. Le sommet de Charm el-Cheikh devait s'ouvrir lundi sous forte pression.Le Premier ministre kényan Raila Odinga a de nouveau appelé l'UA à envoyer des troupes au Zimbabwe, qualifiant le président Mugabe de "honte pour l'Afrique". Et la Grande-Bretagne a pressé les pays africains de "tout faire" pour évincer M. Mugabe du pouvoir.Mais le président sud-africain Thabo Mbeki, médiateur régional au Zimbabwe et première puissance africaine, presse ses pairs d'entériner la réélection afin de préserver les chances de négociation, selon l'opposition zimbabwéenne.Bien que les Occidentaux aient taxé le scrutin de "farce électorale", M. Mbeki s'est gardé de prendre position publiquement.Anticipant une absence de réaction du continent qu'il a plusieurs fois imploré d'agir, M. Tsvangirai a mis l'accent dimanche sur des négociations qu'il souhaite mener pour une période de transition."Nous devons amener le vieil homme (surnom respectueux de M. Mugabe en Afrique) à la table des négociations le plus vite possible", a-t-il déclaré à un journal britannique. "Il n'est pas inconcevable qu'un arrangement puisse voir le jour".En tout état de cause, soulignaient des analystes, le nouveau mandat arraché par la force aux Zimbabwéens est loin de garantir la pérennité du gouvernement à venir.M. Mugabe va devoir naviguer au plus près entre les faucons du régime prêts à tout pour maintenir leur prise sur le pouvoir, l'opposition majoritaire à la Chambre des députés et la pression de l'Afrique pour une sortie de crise négociée, qu'il ne peut continuer à ignorer impunément.
Source: AFP
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