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Mugabe investi après un simulacre de présidentielle, appelle à négocier
Publié le 29/06/2008 à 19:59:14 GMT

Le président zimbabwéen a été investi dimanche à la tête de l'Etat à l'issue d'un simulacre de présidentielle où il était seul en lice, et a appelé à des négociations rapides avec l'opposition qui a boycotté le scrutin."Je déclare le dénommé Mugabe, Robert Gabriel, élu président de la République du Zimbabwe", a dit le responsable du scrutin à la Commission électorale du Zimbabwe, Lovemore Sekeramyi.Au second tour de l'élection présidentielle, a-t-il précisé, M. Mugabe a obtenu 2.150.269 voix, soit 90,2% des suffrages exprimés, contre 233.000 au chef de l'opposition Morgan Tsvangirai. En tenant compte des bulletins "rejetés", il a récolté 85,5% des voix, selon un calcul fait par l'AFP.L'opposant s'était retiré de la course, arguant de l'ampleur de la répression, et avait appelé à boycotter le scrutin. Son nom figurait toutefois sur les bulletins de vote vendredi.Le taux de participation officiel était de 42,37% pour ce scrutin qualifié de "farce" par l'Occident.Le plus vieux chef d'Etat d'Afrique, 84 ans dont 28 au pouvoir, a prêté serment dans la foulée. "Je servirai ce pays au poste de président avec soin et sincérité, que Dieu me prête assistance", a-t-il déclaré.Le chef de l'Etat, qui s'était dit prêt à négocier avec l'opposition une fois l'élection passée, a aussitôt réitéré sa proposition. "J'ai l'espoir que, bientôt, nous mènerons des consultations entre partis politiques de différentes opinions afin d'instaurer un dialogue sérieux qui (...) débouche sur une ère d'unité et de coopération", a-t-il dit.Dès l'annonce officielle de son maintien au pouvoir, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) de M. Tsvangirai a rejeté les résultats du scrutin, évoquant "une farce complète et un acte de désespoir".Sans exclure totalement des discussions, le porte-parole du parti Nelson Chamisa a estimé "très difficile de faire confiance" au président.Morgan Tsvangirai avait appelé vendredi la communauté internationale à déclarer illégitime l'issue du scrutin. Le G8 a annoncé qu'il le ferait mais le Conseil de sécurité de l'ONU a échoué à s'entendre sur ce point, tandis que l'Afrique ne s'est pas prononcée.Anticipant une absence de réaction du continent qu'il a plusieurs fois imploré d'agir, M. Tsvangirai a mis l'accent dimanche sur des négociations qu'il souhaite mener pour une période de transition. "Il n'est pas inconcevable qu'un arrangement puisse voir le jour", a-t-il dit.Le régime avait déchaîné les violences contre les partisans de l'opposition, ou supposés tels, après sa déroute aux élections générales du 29 mars, lors desquelles il avait perdu sa mainmise sur le Parlement et vu M. Mugabe s'incliner devant le chef de l'opposition, qui a raté de peu la majorité absolue.Selon M. Tsvangirai, 200.000 personnes ont été déplacées, 10.000 blessées et 90 membres du parti d'opposition tués depuis le 29 mars.La mission d'observateurs du Parlement panafricain (PAP) a dénoncé dimanche un scrutin "ni libre ni équitable" estimant "difficile de nier les allégations de violences orchestrées par l'Etat".Aucun observateur occidental n'a été accrédité pour le scrutin. Des équipes de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC, 14 pays) et de l'Union africaine (UA) étaient toutefois présentes.Si le PAP avait déjà dénoncé les violences dans l'entre-deux tours, l'Union africaine (UA) est restée très prudente.Le sommet de l'UA de Charm el-Cheikh (Egypte) devait s'ouvrir lundi sous forte pression, en présence d'un Robert Mugabe intronisé. Le Conseil de paix et sécurité (CPS), chargé de la prévention des conflits, a déjà discuté dimanche de l'attitude à adopter vis-à-vis de l'ancien héros de la lutte contre la suprématie blanche.Le Premier ministre kényan Raila Odinga a de nouveau appelé l'UA à envoyer des troupes au Zimbabwe, qualifiant le président Mugabe de "honte pour l'Afrique". Et Londres a pressé les pays africains de "tout faire" pour évincer M. Mugabe du pouvoir.Mais le président sud-africain Thabo Mbeki, médiateur régional au Zimbabwe, presse ses pairs d'entériner la réélection afin de préserver les chances de négociation, selon l'opposition zimbabwéenne.M. Mbeki s'est toujours gardé de prendre position publiquement. Ce qui lui a valu les remerciements de M. Mugabe, louant ses "efforts infatigables visant à promouvoir l'harmonie et la paix au Zimbabwe".En tout état de cause, soulignaient des analystes, le nouveau mandat arraché par la force aux Zimbabwéens est loin de garantir la pérennité du futur gouvernement.M. Mugabe va devoir naviguer au plus près entre les faucons du régime prêts à tout pour maintenir leur prise sur le pouvoir, l'opposition majoritaire à la Chambre des députés et la pression de l'Afrique.

Source: AFP
 
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