
Le puissant mouvement chiite libanais Hezbollah a chassé vendredi après 48 heures de combats meurtriers ses rivaux de quartiers entiers de l'ouest de Beyrouth, où l'armée a pris position dans les rues et autour de bâtiments officiels."Il n'y a plus d'affrontements car personne ne fait face aux combattants de l'opposition" emmenée par le Hezbollah et soutenue par la Syrie et l'Iran, a déclaré un responsable de la sécurité libanaise sous couvert de l'anonymat.Deux sympathisants de l'opposition au Liban ont été tués lors d'affrontements avec des partisans du gouvernement, dans la localité de Khaldé, au sud de Beyrouth, a déclaré une source au sein des services de sécurité.Les affrontements ont eu lieu entre partisans de l'une des figures de l'opposition, le druze Talal Arslane, et des sympathisants du Courant du Futur (sunnites) du chef de la majorité, Saad Hariri, a précisé le responsable.Des pays arabes ont commencé à évacuer leurs ressortissants, tandis que l'Egypte et l'Arabie Saoudite, inquiets de l'influence de l'Iran, affichaient leur soutien au gouvernement libanais.Le Premier ministre français François Fillon a mis en garde vendredi à Nicosie contre les risques de guerre civile au Liban, affirmant que Paris est "extrêmement préoccupé" par les violences qui "peuvent conduire à un engrenage, engrenage qui lui-même conduirait à la guerre civile"."Il faut lever les barrages, il faut rouvrir les routes et l'aéroport. Comme le montre l'histoire du Liban, il n'y a pas d'autre solution politique", a ajouté le chef du gouvernement français lors d'une conférence de presse conjointe avec le président chypriote Demetris Christofias, faisant référence au plan de la Ligue arabe sur cette question.L'opposition libanaise ne lèvera pas les barrages routiers et le siège de l'aéroport que lorsque le gouvernement reviendra sur ses décisions à l'encontre du Hezbollah et reprendra le dialogue national, a déclaré vendredi un responsable de l'opposition."Nous ne menons pas un coup d'Etat. Tout cela est lié aux décisions du gouvernement" d'enquêter sur le réseau de communication du Hezbollah et de limoger le chef de la sécurité de l'aéroport présenté comme un proche du mouvement chiite, a affirmé ce responsable sous couvert de l'anonymat."Nous sommes en train de proposer un partenariat (...) et eux veulent monopoliser le pouvoir et limiter notre participation" à la prise de décisions, a ajouté ce responsable.Des membres du Hezbollah tiraient en l'air en signe de joie dans certains quartiers, d'où ont été évincés les membres du parti du Courant du Futur, le parti de Saad Hariri, un pilier de la majorité parlementaire antisyrienne.L'armée libanaise, traditionnellement chargée au Liban du maintien de l'ordre, et les forces anti-émeutes, équipées de chars, patrouillaient les quartiers mais n'étaient pas intervenues dans les combats à l'arme automatique et aux roquettes RPG, particulièrement violents la veille, faisant au moins 11 morts et des dizaines de blessés.Les affrontements avaient baissé d'intensité en début d'après-midi avant de cesser.Une source proche du Courant du Futur a indiqué que le parti avait confié l'ensemble de ses locaux dans les zones désormais sous contrôle du Hezbollah à l'armée et fait évacuer ses membres pour éviter davantage de confrontation.Selon un porte-parole, l'armée est déployée en force pour protéger "le siège du gouvernement, la Banque centrale et l'entourage des résidences de M. Hariri et Walid Joumblatt (un autre pilier de la majorité)" à Beyrouth. Les principaux axes routiers de Beyrouth sont aussi contrôlés par l'armée, a-t-il dit.Le Hezbollah a aussi forcé, par des menaces, tous les médias appartenant à la famille Hariri à fermer, selon un responsable du groupe médiatique. Une roquette a même touché le mur d'enceinte de la résidence de M. Hariri, selon son entourage.Dans le quartier de Ras al-Nabeh, des partisans de l'opposition ont fait irruption dans deux bureaux du mouvement de M. Hariri et accroché des posters du président syrien Bachar al-Assad sur les balcons.Petit signe de détente, au nord, la route internationale reliant la ville de Tripoli a été rouverte après une fermeture de quelques heures. Dans la Békaa (est), toutes les routes ont été débloquées à l'exception de celle menant à la frontière syrienne. La route reliant Beyrouth au sud a également été rouverte. Mais la route de l'aéroport international de Beyrouth, bloquée depuis mercredi par l'opposition, est toujours inaccessible et le trafic aérien reste quasi-paralysé. Le port de Beyrouth a aussi cessé toute activité pour le moment.Les dernières violences au Liban avaient éclaté mercredi quand une grève sur des revendications sociales avait été transformée par le Hezbollah en un mouvement de désobéissance civile qui a dégénéré en heurts.Ces heurts s'étaient intensifiés après un discours du chef du Hezbollah Hassan Nasrallah qui avait qualifié jeudi de "déclaration de guerre" des décisions du gouvernement à son encontre, visant notamment le réseau de télécommunications du mouvement. Il l'avait sommé de revenir sur ces décisions et d'accepter un dialogue national.La majorité avait fait une contre-proposition qui a été rejetée par l'opposition.M. Assad, dont le pays a contrôlé le Liban pendant près de 30 ans avant d'être contraint d'en évacuer ses troupes en 2005, a jugé la crise comme "une affaire intérieure libanaise" et appelé à un dialogue interlibanais.L'Arabie saoudite et l'Egypte, alliés du gouvernement libanais, ont demandé une réunion arabe ministérielle d'urgence, alors qu'Israël a mis en cause l'Iran et le Hezbollah dans la responsabilité des combats. L'Iran, en revanche, a imputé la responsabilité de la crise à Israël et aux Etats-Unis.La presse libanaise et arabe s'est alarmée du spectre d'un retour à la guerre civile qui avait dévasté le Liban de 1975 à 1990, des craintes ravivées par la grave crise politique qui sévit dans le pays depuis fin 2006, l'opposition et la majorité n'arrivant pas s'entendre sur un partage du pouvoir.Cette crise a empêché l'élection d'un président de la République, poste vacant depuis novembre 2007. La majorité accuse la Syrie et l'Iran de bloquer une solution via leurs alliés, tandis que l'opposition reproche à la coalition au pouvoir d'être inféodée à Washington.
Source: AFP
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