
Confrontés aux mutations du marché du livre, les libraires doivent relever les défis de la vente en ligne et de la numérisation, pour préserver le réseau des librairies qui maille encore le territoire."Les libraires ont-ils des raisons de s'inquiéter ?" L'intitulé du débat qui a réuni les professionnels lundi au Salon du livre de Paris témoigne des préoccupations et des menaces qui pèsent sur la librairie française.Alors, la librairie de quartier est-elle menacée ? Le conseil du libraire pour le choix d'un bon bouquin en sursis ? Face à une concurrence démultipliée - internet, grandes surfaces... -, les libraires indépendants défendent leurs positions, mais ils devront à coup sûr s'adapter.En 2006, la vente de livres via internet a atteint en France 4% du marché. Un chiffre encore limité, en raison notamment de l'interdiction des rabais, mais en constante progression au cours des dernières années.Pour les libraires, l'enjeu est essentiel. Avec environ 3.000 points de ventes, les librairies indépendantes ont jusqu'à présent réussi à se maintenir, grâce notamment à la loi sur le prix unique du livre de 1981 (qui ne s'applique pas aux documents numérisés). Mais leur équilibre financier reste précaire, avec une rentabilité moyenne de l'ordre de 1,4% de leur chiffre d'affaires, et la concurrence d'internet peut déstabiliser les plus fragiles.Pour Renny Aupetit, du Syndicat de la librairie française (SLF), internet peut pourtant être "une opportunité" pour les libraires, à condition qu'ils sachent s'adapter. "Le fait que l'on puisse chercher et feuilleter des livres en ligne chez soi, c'est une évolution normale. Il faut s'en saisir", dit-il.Autre défi à relever: l'arrivée annoncée de livres numérisés, appelés à concurrencer le livre papier.La "dématérialisation" est déjà une réalité pour les ouvrages les plus "périsables", notamment dans l'édition scientifique ou médicale. Et la numérisation des manuels scolaires, qui représentent jusqu'à 30% des revenus de certains libraires, est selon les professionnels l'affaire de quelques années.Quel sera alors le rôle du libraire ? "Il n'y aura pas une seule version électronique d'un livre, il y aura des dizaines de versions, souligne Renny Aupetit. Et plus il y a d'offre, plus les lecteurs ont besoin d'être accompagnés par des professionnels, des médiateurs"."Chaque fois qu'il y a une évolution, ça crée des marchés supplémentaires. A nous d'inventer notre utilité, notre rôle de médiateur, pour y trouver une source de revenus", dit-il.Les libraires, dont le taux de syndicalisation est l'un des plus forts de France, avec environ 30% d'affiliés au seul SLF, agissent collectivement.Sur le terrain juridique, en attaquant en 2007 le site de vente en ligne Amazon, pour s'opposer à la gratuité de port des livres, qui viole selon eux la loi sur le prix unique. Début 2009, un "Portail des libraires", sorte de vitrine de la librairie sur le net, devrait également voir le jour. Portail qui incitera notamment le lecteur à passer sa commande sur le net et à la retirer en magasin.Les pouvoirs publics se sont engagés à soutenir les libraires pour "préserver les librairies sur l'ensemble du territoire et accompagner leur arrivée sur la toile", souligne pour sa part Geoffroy Pelletier, de la Direction du livre au ministère de la Culture.
Source: AFP
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