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L'Amérique latine choquée par la nouvelle loi européenne sur l'immigration
Publié le 20/06/2008 à 16:00:20 GMT

La nouvelle loi de l'Union européenne (UE) sur l'expulsion des sans-papiers a déclenché un profond sentiment d'injustice et de colère en Amérique latine, qui a reçu pendant des siècles des vagues d'immigrés venus du Vieux continent.Avec 18 mois de rétention et un bannissement de cinq ans, l'arsenal judiciaire de la "directive retour", votée mercredi au Parlement européen, a provoqué une levée de boucliers dans plusieurs pays.Le président équatorien Rafael Correa, l'un des nouveaux dirigeants incarnant le virage à gauche pris dans la région, a aussitôt prôné un front commun pour protester contre "la directive de la honte"."Nous espérons donner une réponse commune avec les différents pays d'Amérique latine. Cette directive n'est pas la +directive retour+ mais la +directive de la honte+", a fustigé M. Correa, annonçant avoir pris des "contacts" au niveau régional face à cette "agression".Son allié bolivien, Evo Morales, a proposé jeudi à l'Afrique de se joindre à ce combat pour obtenir le retrait d'une loi qui "porte atteinte à la vie et aux droits des personnes"."Nous allons mener une campagne internationale afin de retourner la situation. Que les députés européens qui ont approuvé cette +directive retour+ se mettent la main sur le coeur", a déclaré M. Morales, premier dirigeant d'origine indigène dans le pays andin, le plus pauvre d'Amérique du sud.Plus direct, le président du Venezuela, Hugo Chavez, chef de file de la gauche antilibérale, a menacé de ne plus fournir de pétrole aux pays européens et riposter par le "retour de leurs investissements".Le diplomate en chef de l'UE Javier Solana a estimé vendredi "absolument disproportionnée" la menace du président vénézuelien de ne plus fournir de pétrole aux Européens."A mon avis c'est absolument disproportionné", a simplement déclaré M. Solana aux journalistes qui l'interrogeaient au sommet européen sur cette menace agitée jeudi soir par Hugo Chavez, chef de file de la gauche anti-libérale en Amérique latine.Même si les immigrés latino-américains vivent pour la plupart aux Etats-Unis, plus de 15% des "remesas" (envoi d'argent à leur famille), proviennent de pays européens, selon un rapport de la Banque interaméricaine de développement (BID), publié l'an dernier.L'UE a surtout heurté l'opinion publique en Amérique latine, où des millions d'immigrants européens sont venus tenter leur chance."Le Brésil, pays qui a reçu des millions d'immigrants et de descendants, aujourd'hui intégrés de manière harmonieuse, déplore une décision qui contribue à créer une perception négative de l'immigration", a réagi son ministère des Affaires étrangères.Ironie de l'histoire, le vote de la directive survient au moment où le Brésil célèbre le centenaire de l'immigration japonaise.Arrivé au début du siècle dernier pour travailler dans les plantations de café, ce premier groupe d'immigrants s'est si bien adapté qu'il est devenu, avec 1,5 million de membres, la principale communauté japonaise dans le monde.Le gouvernement argentin a condamné la directive de l'UE, en lui faisant la leçon. "La question migratoire ne pourra être résolue de manière efficace que si elle est abordée en respect total des droits de l'Homme", souligne un communiqué officiel.En Uruguay, dont plus de la moitié de la population est d'origine européenne, le Sénat a voté une motion rejetant un texte qui "constitue une violation des droits de l'Homme, notamment le droit à la libre circulation internationale".Au Pérou, le chef de la diplomatie José Garcia Belaunde a dénoncé une loi "discriminatoire" qui ne "cadre pas avec la tradition européenne".De nombreuses organisations des droits de l'Homme ont emboîté le pas, à l'image des Mères de la place de mai, la célèbre association argentine qui tente de retrouver les enfants disparus de la dictature."Les mesures discriminatoires que l'on veut prendre avec les immigrants de tous les pays dits du Tiers Monde, la prison et la déportation, sont des mesures sauvages", a clamé sa présidente Hebe de Bonafini.

Source: AFP
 
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