
Sauf coup de théâtre, le "Conseil national de synthèse" du PS réuni mardi devrait officialiser la fracture de la majorité sortante en trois blocs (Aubry, Delanoë, Royal) en compétition pour la succession de François Hollande, une situation périlleuse à moins de deux mois du Congrès de Reims.A 48 heures de l'échéance, le premier secrétaire n'a pas gagné son pari de réunir sur un même projet d'orientation politique (appelé "motion") tous ceux qui, selon lui, "pensent la même chose". C'est "un congrès inquiétant" qui se prépare (14-16 novembre), redoute le député Arnaud Montebourg tandis que Julien Dray, porte-parole du parti, parle de "situation de blocage". Les forces en présence seront départagées par le vote des militants (autour de 200.000 selon la direction) sur les motions le 6 novembre. Les postulants au poste de numéro un du parti ont jusqu'au congrès pour déposer leur candidature.Favori des sympathisants socialistes, selon les sondages, Bertrand Delanoë est le seul à être ouvertement candidat à la succession de M. Hollande, auquel il s'est associé.Parti en campagne en mai en se revendiquant "socialiste et libéral" et "manager du changement", le maire de Paris s'est depuis "recentré", se présentant comme "un réformiste assumé au service d'une efficacité de gauche".M. Delanoë vient de marquer des points auprès des élus et cadres du PS, enregistrant des ralliements, notamment de maires de grandes villes comme Jean-Marc Ayrault (Nantes), chef de file des députés socialistes. Plusieurs avaient soutenu Ségolène Royal pour le choix du candidat PS à l'Elysée.Mais il n'est pas parvenu à convaincre Martine Aubry, avec qui il a pourtant "l'essentiel en commun" selon la maire de Lille, de le soutenir.En nette perte de vitesse dans les sondages, Mme Royal reste populaire auprès de la base. Sa volonté déclarée le 16 mai de conquérir le PS a effrayé jusqu'à une partie de ses amis. Au prix de l'effacement - au moins momentané - de sa candidature, elle vient d'en récupérer une partie en scellant une alliance avec quelques grands élus comme le maire de Lyon Gérard Collomb, chef de file de sa motion.La "dame blanche" veut voir le parti s'emparer "des idées neuves" qu'elle a défendues pendant sa campagne présidentielle et préconise une alliance avec le MoDem de François Bayrou.Dernière entrée en lice, samedi, la maire de Lille Martine Aubry a beaucoup progressé dans les sondages. Reprochant au parti de n'avoir "pas suffisamment défendu les valeurs de gauche ces dernières années", l'ex-numéro deux du gouvernement Jospin veut mettre le cap "clairement à gauche".Elle conduit un rassemblement inédit. S'y retrouvent ses propres partisans, responsables strauss-kahniens et fabiusiens, Arnaud Montebourg et ses amis, les socialistes nordistes enfin, qui pèsent lourd au PS.Une compétition s'est engagée entre Mme Aubry et M. Delanoë pour obtenir l'appui de Pierre Moscovici, toujours candidat à ce jour au poste de premier secrétaire.Il faudra compter aussi avec la gauche du parti (15% au moins du parti), emmenée par une figure montante, l'eurodéputé Benoît Hamon, 41 ans. L'un de ses proches, Razzy Hammadi, membre de la direction, vient de l'inviter à se porter candidat à la succession de François Hollande.Ce paysage morcelé a conduit M. Dray à lancer à ce dernier un nouvel appel à "prendre une initiative" pour "une solution collective". Aujourd'hui, estime-t-il, "il ne peut y avoir de majorité claire et incontestable au Congrès de Reims".
Source: AFP
|