
L'action militaire des forces internationales est "nécessaire" mais "ne suffira pas" en Afghanistan, a déclaré lundi le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner pour qui les Occidentaux doivent aider à transférer le contrôle du terrain aux Afghans."Je suis sûr que la stratégie militaire, nécessaire dans un premier temps, ne suffira pas. Il nous faut l'+afghanisation+", a dit M. Kouchner depuis Beyrouth, où il était en visite officielle, à la radio France Inter.Le chef de la diplomatie doit être entendu mardi à l'Assemblée, avec le ministre de la Défense Hervé Morin, sur la politique de la France en Afghanistan, huit jours après l'embuscade qui a tué 10 soldats français."Il n'y a pas de solution uniquement militaire", a réaffirmé M. Kouchner.Le ministre des Affaires étrangères a écarté le terme de "bourbier" pour qualifier la situation en Afghanistan."Nous défendons là-bas l'essentiel de la démocratie", a-t-il dit. "Nous nous efforçons de consolider et les armées afghanes qui ont déjà 75.0000 hommes, et la démocratie balbutiante".Cependant, plus de 90 civils ont été tués vendredi dans l'ouest de l'Afghanistan dans un bombardement de la coalition sous commandement américain, selon une commission d'enquête présidentielle, qui met en cause l'absence de coordination entre forces américaine et afghane.Paris a déployé environ 3.000 soldats en Afghanistan. Le Parti socialiste a réclamé une redéfinition de cette mission, alors que le Parti communiste, l'extrême gauche et l'extrême droite réclament le retrait du contingent français.Le président Nicolas Sarkozy a écarté toute idée d'un retrait de la France. La prolongation de la mission militaire française sera soumise à un vote au Parlement lors d'une session extraordinaire débutant le 22 septembre.Les Etats-Unis ont exprimé dimanche leurs regrets pour "la perte de vies innocentes parmi les Afghans que nous sommes censés protéger", sans toutefois confirmer le nombre de victimes.La tragédie s'est déroulée vendredi, près du village d'Azizabad, dans le district isolé de Shindand, où les insurgés sont très présents, à quelque 120 km d'Herat, la grande ville de l'ouest du pays."Nous nous sommes rendus sur place et nous avons constaté que le bombardement a été très intense, beaucoup de maisons ont été détruites et plus de 90 civils, pour la plupart des femmes et des enfants, ont été tués", a déclaré à l'AFP Nematullah Shahrani, ministre des Affaires religieuses et président de la commission d'enquête."Je dois rencontrer aujourd'hui les soldats américains. Ils affirment que des talibans se trouvaient dans la région, mais ils doivent le prouver. Je retiens de ma mission qu'il n'y a aucune coordination entre les troupes afghanes et internationales, en dépit des demandes répétées du président", a-t-il regretté."De tels bombardements éloignent la population du gouvernement. Les gens sont très en colère", a-t-il expliqué.La région était calme dimanche, après que des manifestations eurent dégénéré samedi, des habitants brûlant une voiture de police et proclamant "Mort à l'Amérique".Mais le conseil des oulémas (dignitaires religieux musulmans) de l'ouest de l'Afghanistan a condamné "les ennemis de l'Islam qui trempent leurs mains dans le sang des innocents" et appelé à manifester mardi à Herat.
Source: AFP
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